Mal au cul !

Je ne comprends pas. Quand on se trompe, généralement, les gens normaux sont penauds, tout désolés. S’ils ne s’excusent pas, ils restent au minimum humbles et ferment leur bouche. Je ne sais pas pourquoi il existe une génération de « militant·es » qui continuent à l’ouvrir malgré leurs putains d’erreurs, des erreurs qui ont eu des conséquences hallucinantes sur leur putain de vie, leur entourage, la société, leur pays, le monde. Et je n’exagère pas. Quand on a soutenu, ou fermé les yeux sur, les pires horreurs soviétiques, quand on a sali un idéal émancipateur au point d’en faire un repoussoir abject et qu’on a livré le monde entre les mains des pires salauds, on ferme sa putain de gueule. On se met de côté et on écoute la relève. Eh ben que nenni ! Ils continuent à s’empoisonner d’abord, et à nous empoisonner encore et encore.

Il paraît que, pour certains, reconnaître leurs erreurs, c’est se dédire, se nier, nier leur propre existence. C’est triste, et en même temps insupportable.

Après avoir été torturés, après avoir perdu des proches assassinés par la police secrète des Pahlavi, après avoir crié « À bas la dictature », « Mort au Shah », déclenché la Révolution, et, ben oui, soutenu le diable incarné en Ayatollah, lui avoir donné les pleins pouvoirs… et rebelote : traqués, emprisonnés, proches emprisonnés, exécutés, une guerre absurde de près de dix ans, et voilà, obligés à l’exil, survivants enfermés loin du pays pour lequel ils avaient donné leur vie… Et voilà que de nouveau le peuple de ce pays crie : « Vive le Shah ».

Absurde. Il n’y a pas plus absurde. On peut avoir le trou de balle bien élargi par cette vie de chien, mais putain, qu’est-ce que ça doit faire mal au cul !

Ben oui, les erreurs se paient. Attendre n’est pas une option. Laissez le vide, et il sera rempli par d’autres, par la réaction. Les gens n’ont rien vu d’autre que l’avant et l’après. Et vous, chers camarades, vous n’avez fait que théoriser vos « erreurs » pour ne pas les reconnaître, ou pour vous justifier. À théoriser ce qu’est le peuple, ce que doit être une lutte pure, une société sortie de je ne sais quelle ânerie. Le peuple, vous n’en connaissez que ce que vous avez fantasmé en vous paluchant sur les écrits de Marx, Lénine et consorts. Le peuple, vous l’avez fantasmé, vous l’avez formolisé dans vos souvenirs nostalgiques de vos années romantiques. Si vos conneries, vos âneries à jouer et à rêver le monde n’avaient eu de conséquences que sur vous, ce ne serait finalement pas si grave. Chacun sa vie, chacun sa manière de vivre la vie et le monde. Mais vous avez entraîné avec vous des femmes et des enfants, à qui un esprit patriarcal ne demande jamais l’avis. La révolution, oui, mais la sociale, hein ! Pas touche aux privilèges du mari et du père !

Et ben voilà votre peuple, pour qui vous vous appeliez les Sacrifiés : après avoir crié « Mort au Shah », mangé son pain noir pendant cinquante ans et vous avoir foutus en exil, il crie aujourd’hui : « Vive le Shah ».

Oui, ça fait mal au cul. Comme je ne suis pas un salaud, je ne vous dirai pas : « Bien fait pour votre gueule », mais je le pense profondément.