En partance pour New-York, ma carte d’embarquement au scanner balance un son strident et une lumière rouge. L’hôtesse me signale que je suis sélectionné. L’espace de quelques micro-secondes je m’attends à voir un gars avec un micro sortir de je ne sais où et m’annoncer que je suis l’heureux gagnant de je ne sais quoi.

Mais non je suis invité à rejoindre deux agents de sécurité privés qui me fouillent de nouveau. L’humiliation subie dans ce genre de situation est particulièrement discriminatoire. Dans un souci d’égalité je la souhaite à tout le monde. Oui, humiliation pour tous.

Très naturellement sur le coup on est amené à se demander pourquoi moi ?! Mon nom sûrement ! Sinon je suis bien habillé, bien rasés Je trouve même que je porte très bien ma chemise à carreaux.

Oui, mon nom sûrement. Ce nom dont je suis si fière de porter. Ce nom qui veut tout simplement dire “vient de Dowlatabad”.

Dowlatabad est un village perdu à la frontière du désert, pas loin de l’Afghanistan, sur la route de l’opium, à côté de Sabvzevar. Où il faut faire bouillir l’eau salée qu’on va chercher avec n’importe quel récipient qui peut la porter. En tout cas, c’était comme ça, quand j’y allais tout petit il y a si longtemps, il y a plus de 30 ans.

On hurle et ça me réveille. On me fait sortir de la voiture. Il y a une forte odeur de gazole. Il fait froid. Il fait humide. Un torrent barre la route de terre. Mon père, mes oncles et des villageois essaient de faire traverser les voitures à force de bras et de tracteur. Le printemps est dans quelques jours. C’est norouz, le nouvel an iranien. Et nous allons passer nos vacances à Dowlatabad.

Nous sommes en plein désert avec un tout petit troupeau de moutons. Il y a mon cousin et un de ses copains de Dowlatabad. Ce sont les moutons du kadkhoda du village, mon oncle. Un petit garçon arrive avec un vélo qui est trois fois plus grand que lui. Il pédale à travers le cadre. Ils se parlent dans le dialecte de Dowlatabad, dont je ne comprends absolument rien. Et ils me lâchent là en plein milieu du désert avec les moutons.

Mon grand cousin est sur un cheval blanc. Sa mariée en robe blanche est avec lui, devant lui. Du toit on jette des billets et les enfants se ruent dessus. Et entre enfants, nous comparons nos liasses.

On se balade de toit en toit dans des ruines. Une famille est installée dans une pièce en plein milieu de cette ruine en terre cuite.

Ma tête est remplie d’s de Dowlatabad. Il m’est impossible de lier ces s entre elles pour construire toutes les histoires auxquelles elles sont rattachées.

Dowlatabad a vu naître ma famille du côté de mon père. Il a engendré Hossein Dowlatabadi, Mahmoud Dowlatabadi et son Kelidar et bien d’autres encore …

Oui, je m’appelle Dowlatabadi, celui qui vient de Dowlatabad.